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Édition des Lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo - ISSN : 2271-8923

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Nature des lettres

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Lettre du 16 septembre 1861, BnF, Mss, NAF 16382, f. 98, pages 1 à 4

Ce que nous appelons ici « lettre » relève en réalité d’un genre hybride. Il s’agit tout autant, en effet, d’un journal personnel que d’une correspondance, car ces lettres n’attendent pas de réponse similaire, par retour. Elles sont à sens unique. C’est pourquoi nous ne publions pas les réponses de Hugo. Hugo écrit lui aussi à Juliette Drouet (voir le volume double publié en coffret par Jean Gaudon et Evelyn Blewer, cité en bibliographie), plus abondamment dans les premières années de leur liaison, puis, le plus souvent à des dates rituelles (anniversaire de leur rencontre, anniversaire de la naissance de Juliette, Sainte Julie, jour de l’an). Il lui écrit aussi dans des circonstances particulières liées à un éloignement forcé (un voyage entrepris sans elle, ou la maladie), mais c’est très exceptionnel. N’attendant pas de réponse écrite, les lettres de Juliette Drouet ne sont donc pas à proprement parler une « correspondance ». Selon les époques, leur fonction a varié, et elle est fréquemment commentée par Juliette Drouet elle-même.

Pendant les toutes premières années de la relation, il s’agit principalement de billets servant à donner un rendez-vous, à délivrer des messages brûlants, ou alarmants. Au fur et à mesure que la relation s’installe, les lettres de Juliette Drouet deviennent quotidiennes, et parfois pluriquotidiennes, sauf pendant les voyages qu’elle fait avec Hugo, où elle n’a généralement plus besoin de lui écrire, puisqu’elle passe alors la journée avec lui. Le reste du temps, Juliette Drouet vivant séparée de Hugo, les lettres lui servent à tromper son ennui, à faire pression sur son amant, à réclamer sa venue, et à rendre compte de l’emploi du temps de sa journée, comme des mouvements de son âme. Hugo exige d’elle cette « restitus » quotidienne, proche, par certains aspects, de la pratique religieuse de la confession. À la fin de leur vie, même lorsqu’ils vivent sous le même toit, elle garde l’habitude de lui écrire quotidiennement. La lettre remplit alors plus qu’auparavant une fonction d’agenda, ou de memento, sans perdre pour autant sa fonction de conversation solitaire.

Conservées précieusement par Hugo, qui les restitua, à la mort de Juliette, au neveu de cette dernière, Louis Koch, ces lettres procurent une trace continue de la vie privée de Hugo, telle que Juliette Drouet pouvait la connaître. Comme le Journal de l’exil tenu à Jersey par sa fille Adèle, comme le Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie écrit par sa femme et publié anonymement en 1863, les « restitus » de Juliette Drouet participent de cette écriture hugolienne de soi par les autres. Mais elles relèvent aussi, et surtout, d’une pratique auctoriale authentique. Le compte rendu monotone des travaux et des jours y côtoie les saillies les plus spirituelles et de sublimes morceaux de prose poétique.

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