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Édition des Lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo - ISSN : 2271-8923

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31 mai [1839], vendredi après-midi, [3  ?]h. ½

Je ne t’ai pas écrit plus tôta, mon bien-aimé, parce que j’ai voulu mettre à jour mes comptes de fin de mois. Les miens sont donc terminés et pour ne pas perdre la louable habitude d’être en défaut avec moi-même, j’ai encore 4 francs 18 sous [illis.] liard de moins sur mes dépenses. Je ne sais à quoi attribuer cette inexactitude dans mes chiffres car je fais tout mon possible pour que cela ne soit pas. Voilà ce que j’étais en train d’écrire quand tu es arrivé et depuis ce temps nous avons eu le tonnerre, les éclairs, la grêle et la pluie et vos coquetteries absurdes avec la bronzière.
Au reste mon Toto, je vous dis sérieusement que vous me faites du chagrin et si vous recommencez après cela, je me regarderai comme parfaitement libre de prendre une revanche dans les [voisins  ?] quelconquesb à portée de ma vue et qui auront moins de 60 ans. Vous étiez bien pressé de partir malgré la pluie et l’orage ? Est-ce que vous avez un rendez-vous COUPABLE que vous ne pouviez ni remettre ni faire attendre ? Si j’avais été habillée, je vous aurais suivi pour savoir quel était l’objet si favorisé que vous risquiez pour LUI votre redingote et jusqu’à votre chapeau [illis.] Je vous aime, Toto, je suis triste de votre absence. Je suis tourmentée pour cette pauvre femme et son enfant. Je voudrais la savoir hors de danger. Aimez-moi, mon Toto, comme je vous aime. Pensez à moi et revenez le plus tôtc possible auprès de moi.

Juliette

BnF, Mss, NAF 16338, f. 226-227
Transcription de Madeleine Liszewski assistée de Florence Naugrette

a) « plutôt ».
b) « quelconque ».
c) « plutôt ».


31 mai [1839], vendredi soir, 5 h.

Je viens d’écrire à la pauvre Mme Pierceau. C’est bien le moins dans la position où elle et son pauvre enfant se trouvent. J’aurais désiré y aller mais tu ne l’as pas voulu et tu es le maître de mes actions, comme de mes pensées, de mes paroles, de mon cœur, de ma vie et de mon âme. Je vous aime, voilà mes entraves. Avec cela, vous pouvez vous dispenser du colliera, de la chaîne, et de tous les autres ornements de l’esclavage.
Dans quelques jours, nous allons avoir maille à partir avec mes créanciers, surtoutb avec le Chappelle. Enfin, je m’en tirerai comme je pourrai et en m’autorisant de l’exemple du célèbre Théâtre de la Renaissance. Mais c’est égal. J’aimerais mieux payer et être payée, voilà mon chicc, il n’est pas plus bête qu’un autre. Jour Toto. Si vous recommencez vos œillades avec la femme aux bronzes, vous aurez affaired à mes griffes et à mes dents ; tout y passera [illis.] la [illis.], [illis.] [illis.] , les hauts de chausse, la peau, les cheveux et les yeux. Voyez si vous voulez risquer tout votre St Frusquin pour une bronzière plus verte et beaucoup moins [illis.] que vous [illis.] ? Je ris mais c’est du bout des lèvres et avec une dent monstre prête à dévorer. Baise-moi.

Juliette

BnF, Mss, NAF 16338, f. 228-229
Transcription de Madeleine Liszewski assistée de Florence Naugrette

a) « colier ».
b) « sur tout ».
c) « chique ».
d) « affaires ».

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